Le LIER |

Presentation

Le Laboratoire interdisciplinaire d’études sur les réflexivités (LIER) est un groupe de recherche de création récente. Fondé lors d’un séminaire réunissant ses futurs membres en septembre 2012, c’est en mars 2013 que le LIER est officiellement venu enrichir l’éventail des unités de recherche de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il forme avec le Centre d’étude des mouvements sociaux (CEMS), le Centre d’études des normes juridiques – Yan Thomas (CENJ) et le Laboratoire Linguistique anthropologique et sociolinguistique (LIAS), l’Institut Marcel Mauss (IMM), unité mixte de recherche associée au Centre national de la recherche scientifique (CNRS – UMR 8178). Il est par ailleurs associé au Laboratoire d’excellence Transformations de l’État, politisation des sociétés, institution du social (TEPSIS), hébergé par le PRES héSam.
Le LIER réunit actuellement onze chercheurs statutaires, sept chercheurs associés, deux post-doctorant, vingt-cinq doctorants et un ingénieur gestionnaire. Son fonctionnement est collégial : l’assemblée générale se réunit régulièrement ; le directeur est assisté d’un bureau qui se réunit une fois par semaine et comprend des représentants des chercheurs et des doctorants.

L’aboutissement d’une rencontre

Si sa création est récente, le LIER procède de la rencontre, au cours des années 2000, entre des sociologues et des philosophes. Les premiers ont pour la plupart été formés au Groupe de sociologie morale et politique (GSPM), ainsi qu’au Centre de sociologie de l’innovation (CSI), ou y ont pour un temps exercé leurs fonctions. Ils se reconnaissent dans la pratique de la sociologie pragmatique, au développement de laquelle les deux lieux mentionnés ont contribué de façon décisive. Ils se retrouvent particulièrement dans la sensibilité propre à cette approche qui pousse à être attentif aux façons dont les savoirs et les théories forgés par les sciences sociales agissent sur les configurations étudiées par ces mêmes sciences sociales, obligeant ainsi ses praticiens à tenir compte, dans leurs analyses, de la tension entre objets et instruments de connaissance.
Les seconds ont développé parallèlement un programme de philosophie des sciences sociales qui, au-delà des enjeux épistémologiques qui ont en ligne de mire la validité des connaissances produites, vise à ressaisir les manifestations de la pensée conceptuelle (et donc philosophique) comme une forme d’expérience sociale, réfractée dans le corpus des sciences sociales elles-mêmes.
Dans le miroir de ces démarches sociologiques et philosophiques, le travail des concepts se présente dans le lien essentiel qu’il entretient avec l’expérience sociale et, inversement, l’expérience sociale dans ce qui la définit comme le lieu d’une pensée qui, sans être nécessairement conceptuelle, en est une condition. Le programme scientifique du LIER est l’expression des questionnements qui émergent à ce croisement.

Une nouvelle alliance entre sociologie et philosophie

La spécificité du LIER tient à l’intention de fonder une alliance originale entre sociologie et philosophie, dans un premier temps, et, à plus long terme, l’histoire.
Cette interdisciplinarité, telle qu’elle elle est pratiquée au LIER, s’oppose à la tendance consistant à amalgamer voire à confondre des démarches disciplinaires qu’il convient, au contraire, de reconnaître dans leurs spécificités. À l’inverse, il va sans dire qu’il ne peut exister d’authentique entreprise interdisciplinaire si l’on engage une conception autarcique ou même prédatrice du rapport entre disciplines et si l’on ne consent pas, par conséquent, à engager des opérations de traduction et de conversion des unes vers les autres.
C’est donc de l’intérieur que les disciplines sont pensées pouvoir être questionnées et affectées par les autres, sur le mode de la reprise et de la relance contrôlées. Cette conception exigeante de l’interdisciplinarité constitue l’enjeu même des recherches menées par les chercheurs du LIER qui, par la mise en discussion de leurs travaux, doivent l’inventer dans ses démarches et ses réalisations.
Cela passe par le maintien d’espaces de travail disciplinaires au sein du LIER, à l’instar de « l’Atelier de sociologie » ou du séminaire Les sciences sociales face à la modernité qui se tiennent à partir de la rentrée de 2013, auxquels s’ajoutent des manifestations dédiées au travail de confrontation et d’affectation mutuelle entre disciplines, comme c’est le cas pour les « Soirées du LIER » et surtout par l’organisation, à intervalles réguliers, de journées de travail qui aboutissent, annuellement, à un séminaire sur plusieurs jours.
Il importe de noter que le LIER s’est liée au Groupe d’études sur les historiographies modernes (GEHM), une équipe du Centre de recherches historiques (CRH) de l’EHESS coordonnée par Antoine Lilti, qui, dès le départ, s’est investi dans la définition de son projet. À plus long terme, le LIER a pour vocation d’ouvrir un espace où les trois disciplines – sociologie, philosophie et histoire – entreront en synergie.

Les formes sociales de la réflexivité

Les travaux menés au sein du LIER s’articulent, dans leur diversité, à la thématique transversale de la réflexivité, autour de laquelle les disciplines vont converger, chacune selon sa propre perspective. Le LIER étant à ce jour composé de sociologues et de philosophes, le projet scientifique se centrera dans un premier temps autour de l’articulation entre les pratiques réflexives empiriques et la production théorique du savoir réflexif.
Dans sa dimension sociologique, le projet du LIER consiste dans l’analyse comparée, menée sur la base d’enquêtes empiriques, des formes sociales de la réflexivité. Par formes sociales de la réflexivité, on entend les processus sociaux dans lesquels les individus sont conduits, à des degrés divers, à faire retour sur eux-mêmes et sur les situations auxquelles ils participent. Cette approche prend d’emblée ses distances avec les conceptions qui font découler la réflexivité d’un effort volontaire d’introspection ou même d’autocritique. Elle s’attache à mettre en lumière les configurations et les dispositifs qui tantôt favorisent et accroissent, tantôt inhibent et amoindrissent la réflexivité des acteurs. Elle porte également un intérêt aux formes de réflexivité selon les différentes sphères d’action et les divisions fonctionnelles de l’organisation sociale.
Cette approche sera systématiquement développée à trois niveaux d’analyse. Celui de l’« action réflexive » : la démarche consiste ici à faire l’hypothèse que toute action sociale suppose, à quelque degré que ce soit, une réflexivité et que la description de toute action sociale doit par conséquent en tenir compte. Celui de la « configuration réflexive » : à ce niveau, on vise à considérer comment certains dispositifs et institutions orientent les formes de la réflexivité, et, selon les cas, la favorisent ou la restreignent. Celui, enfin, de la « société réflexive » : à ce niveau, il s’agit de considérer ce que la société en tant que telle, dans sa définition sociologique, doit aux phénomènes de réflexivité. C’est ce dernier niveau qui oblige les sociologues du LIER à se positionner par rapport aux sciences sociales en tant qu’elles sont elles-mêmes une forme spécifique, historiquement constituée, de la réflexivité.

La conceptualité des sciences sociales

C’est également à ce niveau que s’articule le lien avec la philosophie. Dans sa dimension philosophique, le projet du LIER consiste en effet à poser que la modernité se caractérise par des formes de réflexivité dont les sciences sociales sont le pivot. L’enjeu consiste ici à interroger ce que signifie pour un collectif que de se penser à partir du concept moderne de société.
Cette philosophie des sciences sociales vise donc à appréhender les savoirs sociologiques dans ce qu’ils font, c’est-à-dire comme des forces agissantes d’une modernité qu’ils contribuent à la fois à diagnostiquer et à infléchir. Les techniques d’enquête, les instruments d’observation et les concepts produits par les sciences sociales sont autant de manières dont la société se pense et exprime les transformations auxquelles elle aspire. En ce sens, la philosophie des sciences sociales est indissociablement politique. En effet, dès lors que la sociologie se constitue en savoir empirique, elle vient se substituer à la théorie abstraite de la souveraineté qui remplissait jadis cette fonction, faisant passer la conception du politique d’une approche juridico-politique à une approche socio-historique.
L’existence d’un véritable pôle de philosophie au LIER, dans un laboratoire à dominante sociologique, représente une innovation. La reconnaissance de la place de la philosophie comme discipline et comme pratique de recherche collective, à côté de la sociologie et, bientôt de l’histoire, marque une volonté résolue, de part et d’autre, de dépasser une vision antagoniste du rapport entre disciplines, en faisant le pari qu’elles en ressortiront toutes renforcées.

EHESS
Institut Marcel Mauss
CNRS

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