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Le Nouveau LIER

A compter du 1er janvier 2019, le LIER deviendra le "nouveau LIER" (un intitulé choisi pour l'instant par commodité et qui est susceptible de n'être pas l'intitulé définitif). Outre les chercheur.e.s et les doctorant.e.s de l'actuel LIER, cette nouvelle unité de recherche rassemblera leurs collègues de l'actuel CENJ-Yan Thomas d'une part, de l'actuel LIAS d'autre part. C'est ainsi que LIER, CENJ et LIAS disparaîtront pour renaître sous la forme d'une seule communauté de recherche structurée en quatre pôles disciplinaires – la sociologie, la philosophie, l'histoire du droit et l'anthropologie linguistique – appelés à engager entre eux un dialogue continu. On trouvera ci-après l'exposé du projet scientifique autour duquel un tel dialogue est appelé à se construire.

 

Formes de connaissance et processus de réflexivité dans les sociétés modernes


L’unité qui sera créée à partir du 1er janvier 2019 a pour ambition fondatrice l’analyse des différentes manières dont groupes et individus, au sein des sociétés modernes, réfléchissent sur leurs pratiques et leurs modes d’organisation. Ce qui implique d’identifier non seulement les déterminants socio-organisationnels de la production collective de réflexivité mais encore ce qui l’entrave et la limite. Et qui réclame aussi de comprendre comment la réflexivité, dans la modernité, a été érigée en idéal à viser dans les pratiques sociales comme en norme s’imposant à elles.

L’approche que nous proposons rompt avec une conception individualiste et naturalisante des processus de connaissance. Elle se distingue à la fois des neurosciences cognitives (et notamment des neurosciences dites « sociales »), qui traitent la connaissance et les rapports sociaux comme un pur effet des capacités cérébrales des individus, mais aussi de l’économie néoclassique, qui n’envisage la réflexivité des agents que sous l’angle de la maximisation des intérêts individuels. Notre point de départ est exactement inverse : nous traitons la réflexivité dans les sociétés modernes comme un processus socio-politique qui se construit à travers des mobilisations collectives. Reprenant à notre compte l’héritage de la sociologie des sciences, nous montrerons deux choses : (i) que les différentes formes de pratiques d’enquête, telles qu’elles sont mises en œuvre par les acteurs sociaux à l’occasion de controverses et de conflits constituent les formes fondamentales de la cognition sociale ; et (ii) que leur étude n’est possible qu’à partir d’une forme de holisme méthodologique, qui part des dispositifs que l’organisation sociale elle-même produit (commerciaux, administratifs, sécuritaires, participatifs, éducatifs…) et de leur capacité à encourager ou d’inhiber certaines formes de réflexivité chez les acteurs.

L’alliance entre philosophie et sociologie en vigueur au LIER trouve là sa raison d’être. Pour nous, en effet, mettre en lumière les processus réflexifs propres à nos sociétés suppose de cerner le rôle éminent qu’y a joué et y joue toujours l’invention puis le développement des sciences sociales comme forme spécifique de connaissance. C’est par là que la philosophie des sciences sociales, qui s’attache à la logique de la constitution de ces savoirs, rejoint le travail sociologique dans la mise en œuvre d’un programme commun. Les sociologues du LIER enquêtent sur des terrains où la mobilisation d’instruments variés de distanciation intellectuelle rend observables les opérations réflexives qui permettent aux acteurs d’appréhender des situations problématiques. Parallèlement, les philosophes explorent l’histoire sociale des catégories et des concepts qui émergent de ces opérations réflexives, la façon dont ils s’inscrivent dans des savoirs et des pratiques scientifiques, ainsi que leur portée normative non seulement épistémique, mais aussi politique.

Complémentaire à cette alliance première entre philosophie et sociologie, une autre jonction se pratique particulièrement au LIAS, en direction de disciplines touchant aux signes et au sens, dans la mesure où la réflexivité ne peut se concevoir – et se réfléchir elle-même – sans l’entremise de « langages ». D’où l’intérêt porté aux conditions socio-linguistiques de la rencontre des acteurs, en tant que de telles conditions marquent et orientent une confrontation à des normativités plus ou moins promues en chaque situation, et diversement prises en charge à travers une expression « obligée ». S’ouvrent ici, plus généralement, un ensemble de questionnements relevant de l’anthropologie, et de l’étude des formes culturelles et des activités symboliques : appelant notamment au développement d’une anthropologie sémiotique, qui, dans l’étude des interactions pratiques comme des institutions, se centre sur l’analyse des plans d’expression, des arts et des techniques sémiotiques, qui en constituent les médiations essentielles.

Cette exigence de réflexivité se manifeste, quant au droit, autour d’une problématisation renouvelée de son autonomie dans un cadre où la présence de formes différentes de normativité définit le périmètre de l’action sociale et les conditions de sa compréhension et de son changement. Ce sont là les coordonnées intellectuelles qui inspireront l’activité du CENJ « Yan Thomas » pour les prochaines années. Le présupposé fondamental partagé par les chercheurs de l’équipe repose sur la conviction que la spécificité de la normativité juridique doit être prise en compte par les sciences sociales elles-mêmes, comme du « déjà là » théorico-pratique exigeant d’être isolé et examiné dans sa structure conceptuelle. Ce n’est que de cette manière que le lien intérieur entre réflexivité et norme, caractéristique le réalité juridique, peut être en effet éclairé. Morphologie abstraite des rapports sociaux et dispositif de pensée et d’action, le droit élabore des formes qui sont tout aussi réelles que le monde des faits « empiriques », la synthèse se réalisant lorsque le potentiel de ces formes est employé par les sujets dans les situations et les configurations normatives déterminées où ils se trouvent pour agir.

I. Sociologie: pratiques et organisation des sociétés réflexives

Telle qu’elle est mobilisée par les chercheurs de la nouvelle unité, la notion de réflexivité désigne, non pas une attitude individuelle, mais un processus social et, dans une certaine mesure, socio-historique : elle émerge dans des interactions ou des configurations dans lesquelles elle peut être stimulée (ou inhibée) par des dispositifs et favorisée (ou limitée) par les rapports que les acteurs entretiennent. Elle correspond donc à la transformation d’une ignorance en incertitude et d’une évidence en problème, par quoi elle produit nécessairement des effets de dénaturalisation du monde social. La réflexivité peut être de faible intensité et n’est pas forcément verbalisée, et elle pourra alors s’observer dans l’action, dans les formes de retrait, même furtives, de l’action par rapport à elle-même. Mais elle peut être plus explicite et donner lieu à des enquêtes et à une production de connaissances.

L’approche privilégiée par les sociologues du LIER consiste à suivre les acteurs dans le travail d’enquête qu’ils sont amenés à produire dès lors qu’ils sont confrontés à des situations qu’ils jugent problématiques (Barthe et alii 2013; Lemieux 2018). La notion d’enquête doit être ici entendue dans un sens très large : il s’agit de tous les procédés permettant d’alimenter un questionnement et de recueillir des informations ou des données. De telles enquêtes sont la plupart du temps rudimentaires et ne mettent pas en œuvre de moyens importants. Elles sont parfois au contraire plus élaborées et passent par un laborieux travail de recoupement d’informations, de collecte de témoignages, ou encore de cartographie, comme on peut l’observer dans le cadre des mobilisations collectives qui se déploient dans le champ des risques sanitaires et environnementaux et qui mobilisent souvent des compétences spécialisées et des moyens professionnels. Elles peuvent également donner lieu à des élaborations conceptuelles lorsque les acteurs sont amenés à interpréter, formaliser et généraliser les résultats auxquels ils sont parvenus.

Étudier le monde social depuis ces enquêtes – dans l’acception large qui vient d’être donnée à la notion –, qu’elles soient menées par des personnes ordinaires, par des associations, des entreprises ou des administrations ou bien encore par des « enquêteurs professionnels » (journalistes, scientifiques, etc.), c’est se donner les moyens de saisir la variété des formes sociales de la production de connaissances et de réflexivité. Mais c’est aussi se donner l’occasion d’éclairer sous un nouveau jour les processus de politisation, dès lors qu’on observe que ces enquêtes sont susceptibles de donner lieu à des mobilisations dont l’objectif est de rendre visibles certains problèmes et, le cas échéant, de modifier les modalités de leur traitement collectif, en particulier par l’État.

La littérature sociologique sur ce sujet s’attache le plus souvent à rapporter les engagements des acteurs dans des mobilisations à des stratégies et des intérêts individuels ou, dans d’autres cas, à des états émotionnels. L’approche privilégiée au LIER conduit à envisager autrement cette politisation. Le phénomène à considérer, c’est en effet la double découverte par les acteurs, dès lors qu’ils mènent l’enquête et se mobilisent, d’une part de l’existence d’une solidarité qui les lie collectivement au-delà de leur situation individuelle, et d’autre part du fait que l’ordre social peut effectivement être dénaturalisé au moyen de l’action collective. L’approche ici préconisée consiste donc à suivre les acteurs dans leur prise de conscience progressive qu’ils appartiennent à un tout social dont leur personne dépend, et que ce tout n’est ni homogène, ni statique, ni entièrement connu. Cette prise de conscience progressive peut être comprise comme une « exigence d’un point de vue holiste » sur la société que les acteurs articulent de manière confuse dans les controverses où ils opposent dans un premier temps leurs points de vue nécessairement particuliers, car appartenant au groupe dont ils font partie. Notre approche vise à comprendre les ressorts et les appuis de cette progression vers la prise de conscience du point de vue holiste mais aussi ce qui, dans l’organisation des pratiques, la limite. Un cas remarquable, à cet égard, étant celui où les enquêtes ne donnent pas lieu à politisation, mais rencontrent un rejet qui prend la forme d’une psychologisation ou bien encore, lorsque la politisation, quoique porteuse d’effets de dénaturalisation, tend néanmoins à renforcer le caractère « naturel » attribué à certains statuts ou à certaines institutions.

C’est à condition d’adopter une telle approche qu’on se donne la possibilité d’envisager les enquêtes, les mobilisations et les controverses qu’elles engendrent, dans les effets qu’elles exercent sur les catégories qui fondent l’intervention des institutions publiques et informent les instruments qu’elles mettent en œuvre. Mais encore convient-il de reconnaître, à l’encontre d’une conception répandue dans la sociologie de l’action publique, que ce type de processus n’affecte pas seulement le contenu de l’action de l’État, mais la forme même de son organisation (relativement au problème posé), c’est-à-dire aussi les règles, y compris formelles et juridiques, qui l’encadrent (Linhardt 2012). C’est en ce sens fort qu’il convient d’entendre l’objectif scientifique poursuivi : si les enquêtes peuvent donner lieu à la revendication de savoirs, leur politisation peut se prolonger dans l’institutionnalisation de ces savoirs. Or l’étude de ce mouvement est cruciale pour l’appréhension de la réflexivité dans les sociétés modernes. Car si cette dernière peut être favorisée par une diversité de dispositifs, les dispositifs étatiques tendent à promouvoir une forme de réflexivité spécifiquement sociale : les savoirs institués, à mesure qu’ils augmentent pour tenir compte d’une société de plus en plus complexe, rétroagissent sur cette société en augmentant les chances de ses membres de prendre conscience d’appartenir à une totalité sociale.

Cette orientation générale des recherches sociologiques du LIER, par-delà la diversité des terrains investis, vise à contribuer à un domaine de recherches qui a connu de spectaculaires développements au cours des trente dernières années. La spécificité de la contribution visée réside dans l’intention d’investir la thématique importante des « sociétés réflexives » en la resituant au croisement de la sociologie de la connaissance et de la sociologie de l’État. L’hypothèse implique un déplacement de taille. Elle s’écarte en effet de la vision selon laquelle les « savoirs d’État » seraient entièrement réductibles à un mécanisme de domination par lequel l’État impose à la société ses catégories. Elle consiste plutôt à concevoir l’État comme un « organe de la réflexivité sociale », pour reprendre l’expression de Durkheim, c’est-à-dire, dans la perspective ici proposée, comme une condition de la démocratisation de la société.

II. Philosophie : genèse et structure des formes épistémiques de la société moderne

En complément de ces enquêtes empiriques, qui visent à proposer une analyse proprement sociologique des formes de connaissance et de réflexivité dans les sociétés modernes, il est nécessaire de ressaisir l’articulation des formes épistémiques que prend la réflexivité dans les sociétés modernes. Selon l’hypothèse de travail que nous favoriserons, les principales de ces formes sont la sociologie, l’individualisme libéral et le holisme réactionnaire (Karsenti & Lemieux 2017). La philosophie des sciences sociales, telle que nous l’entendons, vise à étudier l’articulation de ces trois formes, en se nourrissant des études socio-historiques qui seules permettent de la restituer. Cette démarche philosophique ne se présente donc ni comme une épistémologie, ni comme une méthodologie s’imposant du dehors aux savoirs produits par les sciences sociales : elle se définit plutôt comme une reprise de leur développement dans l’histoire des sociétés modernes, en les envisageant comme un mode caractéristique de la réflexivité produite par ces sociétés (Karsenti 2013). Elle implique, à cet égard, de lier la constitution de ces savoirs à l’histoire politique de la modernité, et d’interroger la formation d’un point de vue sociologique dans sa tension constitutive tant avec le libéralisme politique et économique qu’avec le holisme réactionnaire. Interroger l’histoire des sciences sociales sous l’aspect de ce conflit entre trois formes épistémiques majeures mène au constat suivant : la sociologie naît précisément d’une insuffisance structurelle des deux autres formes de la réflexivité sociale, incapables de penser soit la cohésion sociale (libéralisme) soit la société moderne dans sa dimension conflictuelle et dynamique (pensée réactionnaire). Précisons d’emblée : les trois formes épistémiques sont toutes conçues comme des formes de réflexivité des sociétés elles-mêmes, de telle sorte que si la sociologie parvient à suppléer à une incomplétude des autres formes de réflexivités, c’est parce que les acteurs, dans leurs opérations de production de connaissance sur la société, en viennent à opérer ce mouvement que la sociologie ne fait que rendre plus manifeste.

(1) Formes épistémiques incomplètes de la modernité : un nouveau concept d’idéologie

Partant du constat que la connaissance sociologique et donc holiste constitue la forme épistémique par laquelle les sociétés modernes parviennent à se penser comme la totalité conflictuelle qu’elles sont, et remédient par là à une incapacité structurelle des deux autres formes épistémiques (libéralisme, holisme réactionnaire), nous devons bien évidemment prendre position par rapport aux autres formes de réflexivité qui prétendent exprimer le savoir que produisent les sociétés modernes sur elles-mêmes. Au premier rang se trouve ici la pensée libérale et les formes épistémiques qu’elle revêt : l’économie politique et le droit naturel. Notons d’abord que l’un et l’autre sont des savoirs ajustés à une conception de l’individu et de son autonomie qui correspond à la caractérisation habituelle de la modernité comme montée en puissance de l’individualisme. Dans la perspective qui est la nôtre, la croyance en l’existence d’individus autosuffisants, porteurs de droits subjectifs abstraits correspond à une représentation incomplète que les sociétés modernes se donnent d’elles-mêmes. À travers une série d’études qui ont consisté notamment à décrire la naissance de la sociologie en réaction à la Révolution française, la philosophie des sciences sociales a déjà pu démontrer l’importance conceptuelle et politique de savoirs qui affirment que, quoique les sociétés modernes s’imaginent, l’individualisme n’est ni leur façon de vivre effective, ni la clé d’explication des comportements des individus. Dans le savoir sociologique deviennent en effet manifestes des processus d’idéalisation à l’œuvre dans les sociétés modernes, débouchant sur des idéaux diamétralement opposés aux catégories de pensée dégagées par le libéralisme, tels les idéaux de justice sociale et de solidarité. Le travail proprement philosophique en ce domaine consiste donc à tracer une ligne conceptuelle permettant de distinguer entre l’imaginaire des sociétés modernes et leurs idéaux, les deux dimensions pouvant être rapportées l’une à l’autre à l’aide d’un concept renouvelé d’idéologie – celui, en particulier, emprunté à la sociologie de la connaissance de Karl Mannheim (2006), ressource commune aux sociologues et aux philosophes du LIER.

Ce qui prévaut dans cette conception, c’est la perspective sur le tout social que chaque idéologie cherche à prendre, au sein d’une configuration intellectuelle globale. Ici le travail conceptuel des philosophes rejoint une préoccupation des sociologues lorsqu’ils parlent de « l’exigence d’un point de vue holiste » sur la société, exigence qui s’exprime dans les sociétés modernes comme forme de réflexivité propre des acteurs, en réaction au mode de pensée induit par l’individualisme libéral. Les deux approches s’appuient l’une sur l’autre : là où il s’agit pour les sociologues d’aller jusqu’à analyser l’assise sociale de ce point de vue, et donc jusqu’à comprendre ce qui le justifie et le fonde dans les pratiques sociales elles-mêmes, la philosophie des sciences sociales renoue avec la veine classique de la « critique de l’économie politique ». Non sans toutefois lui donner un tout autre sens que l’approche marxiste, où l’idéologie, insuffisamment sociologisée, est réduite à la « fausse conscience ». La démarche que nous adoptons, sur ce point, se distingue à la fois des travaux, courants en sciences sociales comme en philosophie, de réfutation a priori du libéralisme et du néo-libéralisme, que du programme interdisciplinaire dans lequel s’est engagé l’Ecole de Francfort à ses débuts, qui considérait ces formes de savoir incomplets comme catégories sociales destinées à se réifier. Pour nous, au contraire, si ces catégories sont marquées du sceau de leur incomplétude, ce n’est pas sans que s’y éprouve contradictoirement le manque d’une pensée du tout. C’est là, du reste, comme le montre le travail des sociologues, ce que les acteurs eux-mêmes, dans l’usage de ces catégories au sein de leurs enquêtes et controverses, non seulement constatent, mais rectifient : soit en les abandonnant en faveur des concepts plus holistes, soit en leur ajoutant un complément pseudo-holiste venant de la pensée réactionnaire.

(2) Complémentarité entre formes de pensée libérales et formes de pensée nationalistes

Une perspective d’ensemble sur les sociétés modernes ne saurait bien évidemment les réduire à la poussée libérale, poussée inséparable du procès de différenciation sociale. Elle doit prendre en considération l’intégralité des réactions que cette poussée suscite. L’individualisme libéral n’est pas la seule forme épistémique dominant dans les sciences sociales. L’incomplétude de cette forme de réflexivité peut en effet être abolie – ou, pour mieux dire, semble être abolie – par autre chose que par une perspective sociologique, à savoir par une pensée réifiée du tout social. Le holisme, dans ce cas, d’une façon antisociologique, nie le caractère différencié, conflictuel et évolutif des sociétés modernes. La société se trouve alors fétichisée – le plus souvent sous le vocable de la « nation », en un sens du terme qu’avait dénoncé Marcel Mauss dans les années 1920 (Mauss 2013). Elle s’oppose alors aux droits de l’individu, puisque le lien de nécessité qui unit un certain type d’évolution de la société au développement de ces droits n’est pas reconnu. Un tel mode de pensée est dit réactionnaire. Il naturalise les rapports sociaux dans une société qui est pourtant objectivement caractérisée par un degré de différenciation interne élevé, sinon en constante augmentation. La philosophie des sciences sociales prend pour objet ces modes de réflexivité réactionnaires en ce qu’elle les perçoit comme complément à l’incomplétude de la pensée libérale. Il semble en effet que c’est ce que la pensée libérale ne parvient pas à penser – la cohésion – qui est « expliqué » par la pensée réactionnaire dans son mouvement pour re-naturaliser les statuts. Il s’agit en ce domaine de poursuivre un travail critique sur les mouvements de re-naturalisation des catégories de la réflexivité sociale (Salmon 2013), et, partant, des catégories de la philosophie politique – travail que nous menons déjà dans le domaine de l’écologie politique (Charbonnier 2015) et dans celui des neurosciences sociales (Castel 2012).

(3) Réflexivité, expressivité et langage

Toujours en prolongeant le point de vue maussien, les chercheurs de notre unité refusent de s’en tenir à une conception de l’esprit humain qui en fait un universel abstrait. Ils partent au contraire du principe qu’il est socialement situé et socialement déterminé. Il s’ensuit que pour eux, la variation culturelle n’est pas considérée comme un phénomène dont on doit tenir compte à la marge, mais elle est au contraire au cœur de la production culturelle. Ils sont ainsi conduits à s’intéresser au formatage des faits de culture par des faits de langue et à développer une approche, l’ethnosyntaxe (de Fornel, 2013), qui vise à analyser les diverses manières dont les langues encodent les significations culturelles. Il s’agit de reconnaître au langage, dans la normativité qu’il déploie et la réflexivité qu’il rend possible, un rôle central dans la variabilité en ce qu’il met en correspondance perception et schèmes culturels en faisant de leurs évaluations et homologations un enjeu social majeur. On réinvestit pour cela des questionnements et des concepts issus de la tradition philosophique et scientifique de la phénoménologie – en en retenant toutefois les versions les plus expressivistes (Merleau-Ponty surtout) et en les retravaillant dans une perspective plus directement sémiogénétique, en consonance avec des problématiques structurales et dynamicistes. En retravaillant ainsi les modèles de l’expression et de la sémiogenèse, on s’inscrit bien dans la perspective plus vaste d’une anthropologie sémiotique croisant disciplines sémiotiques, sciences de la culture, et proposant une tout autre idée de la cognition que celle portée par les sciences cognitives, dans leur version individualiste, computationnelle et néo-darwinienne (Lassègue, Rosenthal, Visetti, 2009). Mais aussi on réinvestit la question des rapports entre diffusionnisme et structuralisme avec pour arrière-fond la question sémantique (Désveaux, in Lévi-Strauss 2016).

III. Terrains et chantiers

Nous distinguons dans ce qui suit plusieurs chantiers qui ne doivent pas être regardés comme extérieurs les uns aux autres. Ils correspondent à des ordres convergents de questionnement, de sorte que les objets empiriques qu’on y examine entrent en résonance au sein d’une approche globale, présente à l’esprit de tous les membres du laboratoire.

Les trois premiers chantiers correspondent plus particulièrement aux recherches conduites par les sociologues et les philosophes du LIER. Le premier chantier correspond à des interrogations sur la façon dont nos sociétés se pensent. Analyser sociologiquement la réflexivité propre à nos sociétés, à ce niveau d’autocompréhension, c’est étudier les formes sociales que revêtent les enquêtes menées par les acteurs confrontés à des situations conflictuelles ou problématiques, ce qui suppose d’étudier les savoirs institués comme les savoirs revendiqués qui leur sont parfois opposés. Le second chantier a trait à la façon dont nos sociétés pensent leur extériorité. Ici, c’est la façon dont les modernes s’y prennent pour différencier le social et le non-social qui retient notre attention. L’enjeu est d’étudier sociologiquement la production des frontières du naturel, par opposition au social, et d’interroger sous cet angle les processus de dénaturalisation et de renaturalisation. Un troisième chantier, enfin, touche à la façon dont nos sociétés pensent les individus qui les composent. On cherche ici à étudier les figures de la réflexivité individualisante (et non pas individualiste). Cette analyse suppose d’étudier les processus sociaux de production de l’autonomie individuelle et leurs limites, en envisageant par conséquent l’autonomie individuelle non comme donnée mais comme produit socio-historique.

À la suite de ces trois chantiers, nous mentionnons ceux auxquels se consacrent plus particulièrement les chercheurs du LIAS et du CENJ. On verra qu’en résonnance avec les recherches des sociologues et des philosophes des sciences sociales, ils prennent place dans le périmètre tracé par les rapports entre réflexivité, langage et normativité.

(1) Savoirs revendiqués, savoirs institués

Un premier ensemble de travaux portera sur des processus de politisation et de transformation de l’État, considérés sous l’angle des dynamiques de production de connaissance et de formation de catégories qui les traversent. L’approche privilégiée consiste à l’attention sur des situations identifiées par les acteurs par un « manque de connaissances » et par conséquent par une incertitude quant aux actions à entreprendre et d’analyser par quels processus sociaux, le plus souvent marqués par des controverses, de nouveaux savoirs sont produits et acquis, au point de modifier les formes d’organisation et les catégories d’intervention de l’État. Il est à noter que les recherches qu’on se propose de conduire ne se limitent pas aux configurations, déjà relativement bien documentées, où des groupes mobilisés revendiquent de la part des institutions que soient produites, confirmées ou reconnues des connaissances dont ils estiment qu’elles les concernent. Elles visent également à étudier comment des demandes de savoirs prennent naissance au sein de secteurs spécifiques de l’État, avec l’effet tantôt d’initier des processus internes de revendication de savoirs (pouvant parfois donner lieu à des formes de « militantismes institutionnels »), tantôt d’impliquer des scientifiques ou d’autres détenteurs d’expertise (savoirs professionnels, savoirs d’expérience). Il n’est d’ailleurs pas rare que ces deux orientations, qui correspondent à deux types de politisation, se croisent sur des enjeux définis et que leurs dynamiques se conjuguent.

Concrètement, les chercheurs du LIER appliqueront ce questionnement à plusieurs domaines d’études :

Le premier prolonge les travaux précédemment réalisés (notamment dans le cadre du projet ANR « Ni guerre, ni paix » réalisé au LIER entre 2014 et 2017) sur les conflits armés – et en particulier les conflits terroristes – et sur les institutions qu’elles impliquent. Qu’il s’agisse d’institutions policières ou militaires, on sait que les formes d’intervention qu’on réclame d’elles aujourd’hui confrontent leurs membres à des incertitudes majeures sur le cadre juridique et organisationnel de leur action, mais aussi plus fondamentalement sur la nature des situations dans lesquelles ils sont amenés à intervenir et le sens de leur engagement. Les recherches qu’on propose d’entreprendre auront pour objet d’étudier sur des terrains précis les processus par lesquels ces institutions d’emploi de la force entreprennent de réduire ces incertitudes. Mais il s’agit également de considérer les obstacles auxquels elles se heurtent, sous l’effet d’oppositions internes, des demandes, parfois contradictoires, qu’on leur adresse ou bien des critiques dont elles font l’objet (Moreau de Bellaing 2016). On focalisera les investigations tout particulièrement sur les processus de redéfinition des règles juridiques qui régissent l’emploi légitime de la violence par différents types d’institutions, dans un contexte général où les délimitations entre l’intérieur et l’extérieur des États s’amoindrissent et où les frontières entre le crime et la guerre se reconfigurent (une demande financement sur deux ans a été déposée en ce sens auprès de la FMSH). On travaillera également sur la question des pertes non-civiles, militaires ou policières, qui soulève aujourd’hui des enjeux importants et qui révèle l’évolution des rapports que les sociétés entretiennent avec les institutions engagées dans les conflits violents.

Une seconde thématique prolonge les travaux précédemment réalisés sur le thème de la victimisation, c’est-à-dire les processus par lesquels des individus en arrivent à se définir comme victimes, à réclamer et parfois à obtenir la reconnaissance de ce statut, souvent au terme d’une production controversée de connaissances. Il s’agit ici d’élargir la perspective dans deux directions : (i) d’une part, en introduisant un effort de comparaison internationale. A cet égard, un projet collaboratif avec d’une part, un réseau de chercheurs argentins et d’autre part, des collègues du Centre d’études nord-américaines de l’EHESS a d’ores et déjà été mis en place. Intitulé « Le pouvoir des victimes. Une étude comparative sur les processus de mobilisation des groupes de victimes et sur leurs limites (Argentine, États-Unis, France) », il a obtenu un financement du labex TEPSIS pour une durée de trois ans ; (ii) d’autre part, en élargissant le questionnement au phénomène plus large de la responsabilisation. Victimisation et responsabilisation correspondent en effet à des processus symétriques, qui permettent de mettre au jour la place centrale qu’occupent dans les conflits et controverses la question de l’imputation de responsabilité. L’ambition des chercheurs du LIER, à cet égard, est de reprendre et d’analyser un certain nombre de questions sous cet angle et de contribuer ainsi au développement d’un nouveau champ d’études entièrement dédié à l’étude socio-historique des processus de blaming qui caractérisent les sociétés. Plusieurs travaux sont d’ores et déjà engagés dans cette direction, parmi lesquels, en particulier, un livre, à paraître, qui proposera, à partir d’une étude de cas – la mobilisation des vétérans victimes des essais nucléaires français – un cadre général pour l’analyse des processus de victimisation (Barthe 2017). C’est dans ce cadre que se développent aujourd’hui plusieurs travaux du LIER, dont notamment une thèse, consacrée aux difficultés rencontrées par les militants de la lutte contre le « harcèlement de rue » (street harassment) pour convaincre certaines victimes de leur irresponsabilité dans le tort qui leur a été fait par un harceleur ou encore, pour éviter de se voir imputer une intention raciste dans la désignation des harceleurs-types.

Une troisième thématique concerne la manière dont l’Etat, entendu dans une perspective durkheimienne comme l’appareil réflexif de la société, s’informe sur la société qu’il gouverne et enquête sur ses pathologies. On analysera ce processus d’information et plus encore, ses blocages et ses limites en se focalisant sur le département de la France métropolitaine où le taux de pauvreté est aujourd’hui le plus élevé : la Seine-Saint-Denis. Il s’agira d’étudier comment les conditions d’existence et de travail des membres des classes populaires qui vivent dans ce département, sont connues (et partiellement méconnues) par les décideurs d’un certain nombre d’administrations territoriales relevant de domaines tels que la santé, l’éducation, la sécurité ou le droit du travail. De quelle manière des constats factuels et des expériences de terrain que les agents de l’Etat les plus directement au contact des classes populaires fournissent à leur hiérarchie, sont-ils appréhendés et utilisés par celle-ci ? De quelles sources d’information et de quels modes d’objectivation du réel se servent les agents administratifs les plus hauts situés dans cette hiérarchie ? Quel rôle, en particulier, les instruments d’évaluation comptable jouent-ils dans la production étatique de ces savoirs sur la société et des décisions auxquelles ils servent d’appui ? En suscitant quelle critique de la part des agents de l’Etat eux-mêmes ? En quoi, enfin, le travail de problématisation de certaines réalités locales, que produisent des associations avec, souvent, le relais d’élus, modifie-t-il la vision que les responsables des administrations publiques se font de la situation faite aux couches sociales les plus défavorisées du département ?

Une quatrième thématique concerne la manière dont des savoirs socialement dominés et parfois même réprimés dans le passé, font aujourd’hui l’objet d’une reconnaissance nouvelle de la part de l’État ou des institutions qui en dépendent, au prix, en général, d’une transformation de leurs formes de transmission et de l’élimination de certains de leurs traits originels. C’est le cas par exemple de certaines pratiques magiques traditionnelles dont une thèse en cours au LIER tente de comprendre, à travers l’exemple de la patrimonialisation du chamanisme au Pérou et de la professionnalisation du magnétisme en France, le processus de reconnaissance étatique et ses contradictions. Ce type d’analyse nous introduit à la question de la « modernité réflexive », c’est-à-dire d’une modernité qui en vient à récupérer dans son giron les savoirs que, dans une première phase, elle avait exclus au prétexte de leur « anti-modernité ».

Notons que de telles enquêtes sociologiques établiront un dialogue constant avec des travaux philosophiques conduits au LIER, là où ces derniers retrouvent la question de la production de nouveaux savoirs et des processus de politisation qui lui sont associés – qu’il s’agisse, par exemple, d’enquêter sur l’histoire du féminisme dans la pensée sociale du 19ᵉ siècle, et sur son apport pour penser le lien entre travail intellectuel et pratique d’émancipation dans le féminisme contemporain (Ferrando 2015), ou de reconstituer le rapport intrinsèque entre la constitution de l’Empire britannique à partir de la fin du 18ᵉ siècle et le développement de problématisations et de savoirs anthropologiques. Les travaux engagés dans le cadre d’une ANR qui rassemble une partie des chercheurs du LIER, prennent place dans le même ordre de questionnement. Intitulé « Religion et mouvements sociaux d’émancipation : continuités et transformations dans la constitution des sujets critiques », ce projet, en cours d’évaluation, porte sur le champ religieux et son évolution dans la modernité. Ce dernier est envisagé tout à la fois en tant que pôle d’autocompréhension de la société et en tant que réfraction des tensions que l’exigence de pensée holiste introduit, en lien, notamment, avec certains mouvements d’émancipation (en particulier féministes et ouvriers). La pensée et la pratique religieuses sont dès lors ressaisies, dans leur développement historique et dans certaines de leurs manifestations contemporaines, comme des modes d’actualisation de la réflexivité sociale des modernes.

(2) Les frontières du social

L’un des effets principaux de la réflexivité sociale est qu’elle conduit à un questionnement sur le périmètre et les limites de l’objet même que constitue la société. Une partie des projets portés par les sociologues et les philosophes du LIER consiste ainsi à enquêter sur les controverses qui font apparaître des déplacements de l’espace social, qui aboutissent parfois à l’intégration de nouveaux êtres, de nouveaux problèmes. On accordera donc une valeur singulière à ces situations, qui révèlent le pouvoir de reconfiguration du monde social dont la réflexivité est capable, et qui fait des objets frontaliers des postes d’observation privilégiés. Ces enquêtes ont pour visée à la fois la portée politique de cette expérience des frontières, et un questionnement sur les paradigmes épistémologiques susceptibles de l’exprimer. Elles contribuent dans ce dernier cas à réinterroger le constructivisme social en reconnaissant à la matérialité du monde un rôle incompressible dans la dynamique des processus à travers lesquels les êtres sont requalifiés (Lemieux 2012).

D’un côté, cette exploration des frontières du social se déploie sous la forme d’un examen des situations dans lesquelles humanité et animalité en viennent si ce n’est à se confondre, du moins à se trouver prises dans des configurations d’action qui impliquent la redéfinition de leurs alliances (Rémy & Winance 2010). La question n’est pas ici d’ethnographier les mouvements pour les droits animaux, et donc d’accompagner une revendication éthique, mais de porter l’attention aux processus qui conduisent, via des pratiques situées, à modifier le sens du partenariat entre humains et animaux. Cette orientation sociologique est actuellement développée au LIER dans le cadre d’une étude consacrée aux problèmes moraux et politiques soulevés en France et en Grande-Bretagne par l’essor des xénogreffes (transplantations à l’homme de greffons d’origine animale). Elle l’est également dans le cadre d’une thèse actuellement en phase d’achèvement portant sur la prise en charge des personnes en fin de vie, et sur le corps des personnes récemment décédées. Dans cette étude, la question de la production sociale des frontières de l’humanité est étudiée à partir de l’observation des tensions morales et politiques inhérentes au processus de transformation qui organise, au sein de la « filière hospitalo-mortuaire », le passage du statut de personne vivante à celui de cadavre humain.

Du côté de la philosophie, l’interrogation sur les frontières prend forme dans un projet consistant à interpréter l’émergence de l’écologie politique comme une extension et une correction de la raison sociologique (Charbonnier 2015). Encore une fois, il ne s’agit pas là de donner un fondement normatif abstrait aux mouvements de protection de la nature, mais de comprendre les débats autour du climat ou de la biodiversité comme des prolongements de la volonté d’autoprotection de la société. L’écologie apparaît alors comme l’héritière des critiques de l’économie politique du 19 siècle, c’est-à-dire comme l’expression d’une tendance à enchâsser l’orientation productive des modernes dans un cadre proprement social.

(3) Formes nouvelles de l’autonomie

Un troisième et dernier ensemble d’enquêtes portera sur les processus d’autonomisation à l’œuvre dans les sociétés modernes. Si la réflexivité est devenue en elle-même un idéal de ces sociétés, l’injonction à une réflexivité toujours plus grande des acteurs doit avoir des conséquences sur le concept d’autonomie individuelle, ce qui signifie dans la perspective qui est la nôtre : sur le sens que les individus lui donnent dans leur pratiques et sur la conception qu’ils s’en font, comme ce qui les constitue en sujets à la fois capables d’agir selon un régime de raisons et responsables de leurs actions. Nous nous proposons d’étudier les formes que prend l’autonomie dans les sociétés modernes en trois domaines.

Premièrement en examinant les processus d’imputation et de responsabilisation des individus que les dispositifs commerciaux, administratifs, sécuritaires, participatifs, curatifs ou éducatifs mettent en œuvre lorsqu’ils exigent des acteurs de prendre position, de manière réflexive, par rapport à leur action. Ces processus sont essentiels dans la fabrique de l’autonomie, entendue non comme une qualité localisée dans la tête des individus, mais comme une forme sociale structurante et un horizon d’attente dans les relations interpersonnelles. Une sociologie historique des processus de responsabilisation et de ses mutations, tant au sein des institutions que dans les vécus moraux personnels renouera ainsi, entre autres, avec l’analyse de la Selbstzwang chez Elias, laquelle est à la fois contrainte à être soi et autocontrainte (Castel, 2012). Les liens avec une anthropologie sémiotique s’attestent ici, en particulier s’agissant de l’institution d’une intériorité (Rosenthal 2017).

Plusieurs enquêtes sociologiques s’établiront dans cette perspective en cherchant à étudier les procédés d’autoresponsabilisation et les techniques d’injonction à l’autonomie individuelle mis en œuvre aujourd’hui par les firmes et les administrations à l’intention tant de leurs salariés et de leurs fournisseurs que de leurs clients ou de leurs usagers. (i) Un premier terrain autour de ces questions sera consacré aux formes que prend l’injonction à l’autonomie individuelle dans le cadre du travail en prêtant attention au changement que ce type d’injonction, qui rejoint parfois certaines aspirations des travailleurs eux-mêmes, implique dans les rapports de solidarité qui les lie (Lemieux 2010). C’est dans cette perspective, notamment, que plusieurs thèses en cours au LIER entendent examiner comment, dans des professions du secteur culturel comme celles de photographe de presse ou de dessinateur de bandes dessinées, une tension paradoxale apparaît aujourd’hui, qui semble croissante dans ces secteurs, entre standardisation et subjectivation des procès de travail. (ii) Un second terrain privilégié pour engager ce type de questionnement sera celui de la prise en charge institutionnelle des personnes sans domicile et de l’accès des personnes disposant de faibles revenus à un logement social : comment s’opère, dans ces domaines particuliers, l’évaluation des capacités des individus (et dans certains cas, des familles) à gérer de manière autonome un habitat qui leur est confié ou à tenir les engagements contractuels qu’il leur a été demandé de souscrire ? Comment sont envisagées les sanctions qui doivent peser sur ces personnes, dès lors qu’elles font preuve de ce que leurs partenaires institutionnels peuvent interpréter comme une « mauvaise volonté » ou, dans certains cas, une « incapacité chronique » à honorer certaines normes d’autocontrainte et d’autonomie ? Quels débats internes suscite au sein des institutions le réglage de ces sanctions ? Ces analyses doivent permettre, ici encore, de mettre au jour les limites que rencontre dans la pratique la conception libérale de l’individu.

Elles nous conduiront, enfin, à essayer de reprendre un chantier essentiel de la philosophie morale, en le renouvelant en profondeur grâce à l’apport sociologique : celui de la question du mal et de l’explication que les acteurs sociaux tentent de lui donner. Il s’agira, sur ce plan, de tenter de clarifier les formes de mal et de faute que mettent en jeu les processus d’imputation et de responsabilisation des individus, et les dispositifs réflexifs qui les institutionnalisent. On s’intéressera en particulier à des formes extrêmes de mal (voire de perversité) qui constituent l’horizon critique de la vie des sociétés modernes : nouvelles formes de guerre et de terrorisme, crimes de masse, collectifs criminels à l’heure de la mondialisation, éventuels « crimes écologiques », mutation de la figure de l’individu « monstrueux », etc. Sous l’intitulé « Evil », un projet ERC proposé au sein de notre équipe sous le pilotage e P.-H. Castel approchera cette question redoutable par des moyens inédits, conjuguant sociologie d’enquête et philosophie morale, mais aussi réflexion esthétique et humanités numériques.

Deuxièmement l’éducation sera un objet de recherche privilégié en ce domaine. A travers les conceptions qui s’affrontent dans nos sociétés au sujet de ce que doit être l’éducation des jeunes générations, il est possible de retrouver la confrontation, que nous évoquions plus haut, entre individualisme libéral, holisme réactionnaire et pensée sociologique : chacune de ces formes épistémiques, en effet, induit une certaine conception, en grande partie incompatible avec les autres, de la transmission intergénérationnelle des savoirs et des formes qu’elle doit prendre (Karsenti & Lemieux 2017). Dans ce cadre, la vision pédagogique propre à la pensée sociologique se distingue des autres par le fait de se définir à partir de l’idée d' « émancipation ». Ainsi se fixe-t-elle pour objectif principal de transmettre à chacun l’aptitude à dénaturaliser par lui-même les règles héritées et à les juger en fonction d’un idéal de justice, d’égalité et de solidarité. Par là, cette vision s’efforce d’engendrer un degré élevé d’autonomie des individus qui doivent pouvoir se rapporter de manière réflexive à leur propre appartenance de groupe et juger les règles du groupe à l’aune des connaissances que la société dans son ensemble produit sur sa propre justice. Deux champs de recherche s’ouvrent en ce domaine : (i) une étude du système scolaire qui examine les dispositifs mis en place pour promouvoir cette définition émancipatrice de l’autonomie de l’enfant mais aussi, et peut-être plus encore, qui analyse les mécanismes qui l’entravent, notamment lorsque l’autonomie individuelle se trouve rapportée à une conception libérale du sujet, quitte à compenser dans le même mouvement les insuffisances de ce modèle libéral en faisant appel à certaines formes de renaturalisation des statuts, des rapports de domination ou de l’analyse des comportements. Cette question sera abordée dans le cadre, évoqué plus haut, de l’action entreprise par l’Etat dans le département de la Seine-Saint-Denis : en suivant les agents situés à l’échelon intermédiaire du ministère de l’Education nationale dans leurs pratiques d’information au sujet des dysfonctionnements du système scolaire dans ce département, on s’efforcera de comprendre par quels mécanismes la conception qui associe pédagogie et émancipation, se trouve relativisée par d’autres façons de déterminer les objectifs et les formes souhaitables de la formation des jeunes générations. Cette enquête sera complétée par les apports d’une thèse, aujourd’hui en cours de démarrage, qui sera consacrée à la façon dont l’Education nationale s’informe sur le développement du complotisme parmi certaines populations de jeunes, en diagnostique les causes et entreprend d’y remédier. (ii) nous initierons une recherche sur les pratiques psychothérapeutiques contemporaines orientées vers les enfants, qui prétendent remédier à des troubles ou des carences de la « socialisation primaire » (Winnicott). Ces pratiques, à comprendre selon nous moins comme des techniques psychologiques que comme des « rituels thérapeutiques » socialement intelligibles, feront l’objet d’enquêtes portant notamment sur les controverses qui s’y déchaînent. Celles-ci opposent, en surface, approches objectivantes, compensatrices de handicap, à base naturalistes et cognitivo-comportementales, et visions psychanalytiques ou psychodynamiques. En réalité, ces deux grands registres opposés sont eux-mêmes traversés de controverses internes, et l’exploration des bases socio-matérielles des conflits idéologiques reste totalement embryonnaire (Castel 2018).

Troisièmement l’étude des processus d’autonomisation contient une dimension socio-historique, dont nous posons que certains carrefours stratégiques méritent une enquête approfondie. (i) Il s’agira d’abord de saisir les variations du concept d’autonomie à travers l’histoire philosophique des sciences sociales (Karsenti 2013) et de leurs conceptualisations différentes du concept d’autonomie. L’étude de la psychanalyse en tant que forme réflexive étroitement dépendante des transformations de l’autonomie des individus et de sa contrepartie subjective (un degré croissant d’autocontrainte, au risque de la pathologie), aura à cet égard un poids particulier. C’est aussi dans ce cadre qu’il conviendra, par contraste, d’apprécier le sens comme les bases socio-matérielles de cette forme épistémique émergente que constituent les « neurosciences sociales » dans leurs applications pratiques, de la neuro-économie aux thérapies cognitivo-comportementales (Castel 2012). Car elles forment un front nouveau de re-naturalisation de ce qui avait été préalablement dé-naturalisé, et qui s’avère tout à fait antagonique au projet que nous portons, tout en défendant, en amont de leur système explicatif neurocognitif, un certain nombre de valeurs à la signification sociale manifeste : initiative, choix et capacité d’action, autorégulation affective, autonomie personnelle, etc. Cette compénétration de l’expérience collective et du vécu intime de l’autonomie connaît en effet des évolutions remarquables qu’il faut analyser. (ii) Il s’agit ensuite d’étudier sur le long terme la jonction faite au sein des mobilisations politiques émancipatrices entre l’autonomie de l’individu et sa conscience d’appartenir à un collectif porteur de justice. Le but en ce domaine est de refonder la conceptualité de la philosophie politique en la mettant à l’épreuve des connaissances sur l’autonomie produites dans les pratiques sociales d’émancipation articulant nécessairement appartenance et individualisation (Karsenti 2017). Les recherches qui seront engagées au sein du projet ANR déjà mentionné, en ce qu’elles interrogent la religion comme langage de justice paradoxalement mobilisé par les acteurs dans des luttes pour l’émancipation au sein des sociétés modernes, trouveront ici aussi toute leur place.

(4) Anthropologie sémiotique et sémio-linguistique

L’anthropologie sémiotique constitue un chantier important de notre unité. Elle tente de décrire les formations sociales qui rendent possible les attitudes façonnées par des schèmes culturels et des pratiques collectives. Elle fait l’hypothèse que le constant renouvellement de la vie sociale provient du travail collectif portant sur la valeur attribuée à ces médiations signifiantes. L’attention portée aux médiations signifiantes est donc au cœur de la possibilité d’une reconduction des activités à travers le temps. Non pas que la société humaine soit la seule forme de société où il y a des médiations signifiantes – car il y en a aussi dans les sociétés animales : outil, comportements de parade ou de menace, expression corporelle essentiellement –, mais c’est une forme de société qui n’existe que par la production, la reconduction et l’interprétation des médiations signifiantes, c’est-à-dire dans laquelle le rapport collectif aux médiations signifiantes est à la base même de la socialité. Il s’agit alors de travailler sur la valeur collectivement attribuée aux médiations signifiantes qui définit la socialité humaine en tant que telle. Un certain nombre de recherches mettant en valeur la dimension sémiotique, expressiviste ou portant sur la construction de savoir-faire. On peut citer notamment : l’institution d’une intériorité psychique et sociale à travers le discours à soi-même (Rosenthal 2017) ;les principes variationnels à l’œuvre dans l’architecture alpine dans cinquante vallées des Alpes (Désveaux 2011) ; la dimension sémiotique de la parenté en Amérique du Nord dans sa correspondance avec les mythes selon un principe transformationnel (De Fornel, Désveaux 2009).

Dans une autre orientation des recherches linguistiques, il s’agit de confronter et rapprocher deux grandes lignes de pensée concernant l’activité de langage – en réalité et plus largement, toutes les productions sémiotiques. Les sujets de la parole sont ainsi captés d’emblée par des praxis énonciatives, qui les confrontent à diverses instances (plus ou moins abstraitement caractérisées), à des normes esthétiques et éthiques, à des finalités rhétoriques conditionnées par une économie des valeurs sémiotiques et sociales mises en jeu. L’analyse phénoménologique du signe conduite par Husserl (Piotrowski, 2017) nous sert de guide dans cette enquête. Elle dispose et qualifie les moments du signifiant et du signifié sur différents plans d’un champ de conscience attentionnel. Cette stratification de la conscience verbale peut être reconstruite et retravaillée sous deux angles : celui d’un structuralisme morphodynamique qui permet de corroborer le dispositif husserlien ainsi que de mettre au jour de nouvelles strates, et celui d’une phénoménologie merleau-pontienne pour qui l’acte d’attention est à considérer comme une sorte d’intention encore vide, par laquelle un contact à l’objet s’initie et qui débouche sur un acte intentionnel spécifique à portée constituante. Cette relecture du corpus fondamental de la phénoménologie, nourrie de questionnements issus des sciences sociales, nous permet en outre de renouveler les recherches classiques de la linguistique énonciative et dialogiste comme de la sémantique textuelle, dans le cadre d’une théorie des formes sémiotiques où les champs de significations (ou de valeurs) se laissent appréhender suivant des modèles homologues à celui d’un déploiement perceptif et expressif.

(5) Normativités comparées et généalogie normative

Nous assistons aujourd’hui à une sensibilisation majeure à l’égard de rationalités et techniques normatives relevant de domaines disciplinaires et contextes opératoires divers. Une telle diversité dessine un paysage hétéroclite et fragmenté, si l’on pense aux défis lancés au droit par la science et la technique, la biologie, l’économie, l’éthique et la religion. Il s’agit de secteurs dotés d’un patrimoine catégorial propre visant à conditionner l’autonomie du raisonnement juridique. Cette situation sollicite les chercheurs du CENJ « Yan Thomas » et les incite à une mise en perspective historique, théorique et pratique des critères qui organisent la réglementation des conduites. L’étude des normativités comparées implique d’analyser la combinaison de dispositifs de nature différente, mais aussi la manière dont les formes juridiques aspirent à reconquérir en chaque circonstance leur rôle de catalyseur souverain.

C’est pourquoi les chercheurs du CENJ poursuivront, à différent titre, une réflexion sur les « moyens », au sens juridique du terme, permettant la création d’un ordre social ainsi que les conditions de son changement. Cette réflexion s'articulera selon trois lignes directrices:

1/ Otto Pfersmann et Régis Ponsard développeront une analyse en termes de « Théorie du droit », discipline philosophique spécifique qui doit être aussi conçue comme une manière pour développer une réflexion commune à l’ensemble des sciences sociales, pour autant qu’elles cherchent à identifier et comprendre l’objet droit et les comportements qui s’y réfèrent. Un autre domaine de la Théorie du droit s’inscrira plus étroitement dans le versant épistémologique : la question de la production et de la diffusion du savoir juridique. Relevant principalement de l’analyse de la signification des énoncés normatifs formulant des normes de droit, ces données ne sont pas testables selon les procédures des sciences empiriques et requièrent une méthode d’investigation spécifique.

2/ Dans le cadre d’une réflexion sur la judiciarisation du politique, la recherche de Michele Spanò se consacrera à une analyse à l’échelle globale de la « class action », cette procédure originaire du droit américain qui permet à un ensemble indéfini de sujets de revendiquer dans une cour les intérêts les plus variés. Cette procédure mérite d’être explorée dans toutes ses implications qui sont également d’ordre philosophico-politique, sociologique et, pour certaines applications, anthropologique. La thématique toute contemporaine des « biens communs » fournira un domaine d’application crucial pour l’affirmation et l’auto-compréhension des collectifs à l’aide des instruments de la procédure judiciaire. L’objectif sera de montrer comment les dispositifs juridiques, en qualifiant la réalité, façonnent aussi les subjectivités des acteurs et reconfigurent leur statut social et politique.

3/ La réflexivité appliquée à la normativité juridique appelle aussi une investigation généalogique. Celle-ci prendra deux directions. Tout d’abord elle s’actualisera dans l’enquête de grande échelle sur le rôle des juristes dans la construction des textes narratifs nécessaires à régler la vie sociale des communautés chrétiennes qui a présidé à la création des littératures romanes au 13ème siècle (E.Conte). On espère par là contribuer significativement à l’évaluation et à l’examen critique des sources qui ont légitimé la connaissance et l’emploi du droit en Occident. Ensuite, on se tournera plus généralement, en dialogue étroit avec certains philosophes du LIER, vers le rapports entre le droit et la religion ressaisis en termes de généalogie normative. Plutôt que de poursuivre une théorie de la sécularisation selon laquelle les institutions laïques ne seraient que la transposition dans la sphère civile de concepts élaborés dans la sphère théologique, il s’agit d’isoler les catégories et les pratiques ressortissant de la tradition textuelle judéo-chrétienne (juridico-théologique), pour délimiter l’espace d’une rationalité qu’on peut qualifier d’administrative, appeler à jouer un rôle fondamental dans la structure normative et réflexive des sociétés modernes (P.Napoli).

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