Les dossiers du LIER-FYT |

09. Sur la comparaison et le relativisme

Redevables à la démarche comparative tout à la fois pour ce qui est de leur fondement logique et pour ce qui est de l’impulsion qui a présidé à leur naissance, les sciences sociales ne peuvent pas se passer d’un moment relativiste. L’effort premier qu’elles requièrent des chercheuses et des chercheurs est en effet celui d’un décentrement d’avec leur propre socialisation et leur propre culture, que seule permet une compréhension approfondie et internaliste de la culture et des normes en vigueur dans d’autres groupes sociaux et d’autres sociétés. Est-ce à dire que c’est au relativisme que, dans ces sciences, doit revenir le dernier mot ? Ce serait tirer trop vite la conclusion que toute entreprise de généralisation y est vouée à n’être qu’un leurre. Ce serait aussi renoncer à l’idée qu’à l’aide de ces sciences, une critique des autres et de soi-même peut s’élaborer, qui s’élève de manière non illusoire au plan de l’universel.

Articles et chapitres

Otto Pfersmann, "Le problème du relativisme en philosophie du droit", Études de Philosophie (Cahiers de la formation de philosophie de l'école doctorale de l'Université d'Aix Marseille I), vol. 2 1995, p. 43-69.

Michel de Fornel, "Le destin d'un argument. Le relativisme linguistique de Sapir–Whorf", in Michel de Fornel & Jean-Claude Passeron, L’argumentation, Paris, Editions de l’EHESS, coll. "Enquête", 2002, p. 121-147.

Francis Zimmermann, "Lévi-Strauss et l'illusion des explorateurs", Archives de philosophie, vol. 66, 2003, p. 33-48. Disponible ici.

Cyril Lemieux, "De certaines différences internationales en matière de pratiques journalistiques. Comment les décrire ? Comment les expliquer ?", in J.-B. Legavre, dir., La presse écrite : objet(s) délaissé(s) ?, Paris, L’Harmattan, coll. "Logiques politiques", 2004, p. 29-51.

Pierre-Henri Castel, "La nature humaine : usages d’un concept philosophique chez Winnicott", in Catherine Cyssau & François Villa, dir., La nature humaine à l'épreuve de Winicott, Paris, PUF, 2006, p. 79-95.

Michel de Fornel & Emmanuel Désveaux, "De l’ojibwa au dakota : pour une analyse transformationnelle des langues amérindiennes", Journal de la société des américanistes, n°92, 2006, p. 165-201. Disponible ici.

Cyril Lemieux, "Le pari de l’universel", Annales. HSS, 65 (6), 2010, p. 1457-1470. Disponible ici.

Otto Pfersmann, "Normes juridiques et relativisme politique en démocratie", Cités, n°47-48, 2011, p. 275-281. Disponible ici.

Michel de Fornel & Emmanuel Désveaux, "Généraliser ou le perpétuel dépassement", in E. Desveaux & M. de Fornel, Faire des sciences sociales. Généraliser, Paris, Editions de l'EHESS, 2012, p. 13-27.

Michel de Fornel, "Généraliser l'indéfini", in E. Desveaux & M. de Fornel, Faire des sciences sociales. Généraliser, Paris, Editions de l'EHESS, 2012, p. 151-178.

Bruno Karsenti, "Structuralisme et religion", in O. Remaux, J.-F. Schaub & I. Thireau, Faire des sciences sociales. Comparer, Paris, Editions de l'EHESS, 2012, p. 61-93.

Gildas Salmon, "Forme et variante : Franz Boas dans l’histoire du comparatisme", in Michel Espagne & Isabelle Kalinowski, dir., Franz Boas. Le travail du regard, Paris, Armand Colin, 2013, p. 191-220.

Cyril Lemieux, "Ambition de la sociologie", Archives de philosophie, 76, 2013, p. 591-608. Disponible ici.

Bruno Karsenti, "L'anthropologie comme science sociale", L'Homme, n°218, 2016, p. 253-262. Disponible ici.

Florence Hulak, "La comparaison" in F. Hulak et C. Girard, dir., Philosophie des sciences humaines. Méthodes et objets, Paris, Vrin, 2018, p. 193-225.

Pablo Blitstein & Cyril Lemieux, "Comment rouvrir la question de la modernité ? Quelques propositions", Politix. Revue des sciences sociales du politique, XXXI (123), 2018, p. 9-34.

Gildas Salmon, "Savoirs orientalistes et savoirs brahmaniques : une généalogie indo-européenne de la grammaire comparée", Romantisme, n°185, 2019, p. 26-37.

Cyril Lemieux, "Faut-il en finir avec le comparatisme ?", L’Homme, 229, 2019, p. 169-184.

Livres

Cyril Lemieux, Le devoir et la grâce, Paris, Economica, 2009. Voir ici.

Emmanuel Desveaux & Michel de Fornel, Faire des sciences sociales. Généraliser, Paris, Editions de l'EHESS, 2012. Voir ici.

Gildas Salmon, Les structures de l'esprit. Lévi-Strauss et les mythes, Paris, PUF, coll. "Pratiques théoriques", 2013. Voir ici.

 

Archives vidéo

"Le relativisme linguistique. Langues, cultures et arts": séminaire de Michel de Fornel et Emmanuel Deseaux à l'EHESS (2005). Séance de présentation.

"Le relativisme linguistique. Langues, cultures et arts": séminaire de Michel de Fornel et Emmanuel Deseaux à l'EHESS (2005). La question du sens.

"Le relativisme linguistique. Langues, cultures et arts": séminaire de Michel de Fornel et Emmanuel Deseaux à l'EHESS (2005). Claude Lévi-Strauss.

"Le relativisme linguistique. Langues, cultures et arts": séminaire de Michel de Fornel et Emmanuel Deseaux à l'EHESS (2005). L'analyse des langues amérindiennes.

 

EHESS
CNRS

 

Motion du LIER-FYT concernant le projet de loi sur les retraites et la LPPR

 

Les membres statutaires et les représentantes des doctorant·e·s du Laboratoire interdisciplinaire d’études sur les réflexivités – Fonds Yan Thomas (LIER-FYT, EHESS-CNRS, FRE 2024), réuni·e·s en Assemblée générale le 21 janvier 2020, et ses doctorant·e·s, réuni·e·s (via un vote électronique les 22 et 23 janvier 2020), déclarent leur opposition au projet de loi sur les retraites, aux orientations qui prévalent dans la préparation du projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) et aux décrets d’application de la loi de transformation de la fonction publique.

Ces prétendues réformes qui poussent plus loin encore le démantèlement de l’État social, la dislocation du service public et la mise au pas de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui plongent un peu plus les jeunes dans la précarité, aggravent les inégalités de statut et de condition et vouent un plus grand nombre d’ancien·ne·s à vivre dans le besoin, nous touchent, nous qui pratiquons les sciences sociales, à un point névralgique. Car les institutions de l’État social et du service public et les sciences sociales sont inextricablement liées : elles résultent d’une même transformation historique qui, à travers des crises et des luttes sociales, a conduit dans nos sociétés à toujours davantage d’intégration et de solidarité. La protection sociale et l’existence d’un secteur public ont progressivement exprimé et réalisé cette tendance sur le plan de l’organisation sociale, tandis que les sciences sociales contribuent à en renforcer les effets dans la conscience collective en même temps qu’elles en mesurent les limites et aident à les surmonter. Cette transformation est loin d’être achevée. Elle se heurte, avec notamment la crise écologique, à des défis considérables qui rendent les sciences sociales plus nécessaires que jamais. Inscrire les réformes en cours dans l’histoire longue de nos sociétés les révèle ainsi dans ce qu’elles sont : des régressions. Dans l’immédiat, il est indispensable que nous y opposions notre refus. Mais au-delà de cette mobilisation nécessaire, nous affirmons notre détermination à continuer notre métier, celui des sciences sociales, dans le cadre du service public d’enseignement supérieur et de recherche. Nous refusons de voir notre fonction sociale réduite aux exigences d’une ingénierie gestionnaire destinée à asservir la vie sociale aux logiques de marché plutôt que d’y favoriser l’épanouissement du bien commun.

Pour ces raisons,

1) Nous appelons chacun·e à soutenir les mobilisations contre la réforme des retraites et contre la transformation de la fonction publique et de l’enseignement supérieur et de la recherche, à participer aux assemblées générales et aux journées d’action interprofessionnelle et à faire preuve de solidarité, notamment en contribuant aux caisses de grève, avec les secteurs professionnels qui portent actuellement l’essentiel de l’effort de mobilisation.

2) Nous demandons aux institutions d’enseignement supérieur dans lesquelles nous exerçons de mettre en place des règles claires qui permettent aux étudiant·e·s de s’engager, sans être pénalisé·e·s, dans le mouvement qui a pour enjeu leur avenir. (Ces règles doivent, à notre sens, prendre la forme d’un réaménagement des modalités et des temps d’enseignement et d’apprentissage plutôt que de procédures de validation automatique des compétences et savoirs acquis.

3) Nous réclamons que le gouvernement sursoie au projet de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche et organise une concertation digne de ce nom, afin de définir collectivement les conditions d’une véritable refondation de l’enseignement supérieur et de la recherche et d’en déterminer le calendrier et les moyens, dans le respect des qualifications et des vocations de ceux qui y consacrent toute leur énergie et en tenant compte de la diversité des besoins sociaux en matière d’enseignement supérieur et de recherche. Nous mandatons la direction de notre unité à signer l’« Appel à signature des Directions de laboratoire de recherche pour un moratoire sur la LPPR et pour la tenue d’États généraux de la Recherche et de l’Enseignement supérieur » (voir ici).

Motion adoptée par l’Assemblée générale du LIER-FYT le 21 janvier 2020 par 20 votes favorables et 2 abstentions, et par l’Assemblée générale des doctorant·e·s du LIER-FYT (via un vote électronique) le 22 et 23 janvier 2020 par 32 votes favorables (aucune abstention, ni vote défavorable).


 

LIER-FYT
Laboratoire interdisciplinaire
d'études sur les réflexivités - Fonds Yan Thomas
Directeur: Cyril Lemieux
Directrice adjointe : Julia Christ
A629 - 54 Boulevard Raspail 75006 Paris

Tel : 33 (0) 1 49 54 20 61
Prtncipaux contacts : voir ici

 

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