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	Les moments de la confiance. Connaissance, affects et engagements

Les moments de la confiance. Connaissance, affects et engagements

Louis Quéré , Albert Ogien
2006 

La confiance est, dit-on, un phénomène social sans lequel nous ne pourrions ni agir, ni interagir. Pour Simmel, « elle est de toute évidence l’une des forces de synthèse les plus importantes au sein de la société » : celle-ci se désintégrerait s’il n’y avait pas une confiance généralisée entre ses membres. Ce jugement n’a pas été démenti par les sciences sociales contemporaines, qui, à la suite de Luhmann ou de Giddens, considèrent la confiance comme un mécanisme de réduction du risque et de la complexité, qui instille un sentiment de sécurité propice au développement de la sociabilité. Les sciences politiques reprennent également cette définition : la confiance y est à la fois considérée comme une des conditions d’émergence de la démocratie et comme un facteur crucial à son fonctionnement, même si certains nient que la confiance soit un élément d’explication pertinent en politique. Et pour ceux des économistes qui ont introduit la notion dans leur discipline, la confiance est un mécanisme qui présente un autre avantage : celui de réduire les « coûts de transaction » liés à la recherche d’informations et aux contrôles réciproques que devrait provoquer l’incomplétude des contrats, quand ce n’est la crainte de la tromperie.

La confiance apparaît ainsi comme un rouage essentiel aux sociétés modernes, dont certains pensent même qu’il est devenu indispensable à une époque où se multiplient les modes formels de régulation des transactions sociales (lois, codes, règlements, protocoles, normes, classements, etc.). Mais la permanence même de ce phénomène provoque l’étonnement : les sociétés contemporaines ne sont-elles pas des sociétés dans lesquelles prédominent les relations entre anonymes ? Comment la souffrance est-elle encore possible entre des personnes qui ne savent rien les uns des autres : sur quoi pourrait-elle reposer et qu’est-ce qui pourrait encore l’engendrer ? Et si l’action est si étroitement encadrée par des dispositifs techniques de mesure et de contrôle, comment laisserait-elle encore place à l’ambiguïté et à l’incertain ?

EHESS
Institut Marcel Mauss
CNRS

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