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Marine Jeanne Boisson

Marine Jeanne Boisson
Doctorante Pôle sociologie
Discipline : Sociologie
Institution(s) de rattachement : EHESS

Champs de recherche :

Sociologie du travail et des professions, Sociologie de la personne, socioanthropologie des rites de passage et des frontières du vivant, Méthodes ethnographiques.

Coordonnées professionnelles

École des Hautes Études en Sciences Sociales
Laboratoire interdisciplinaire d'études sur les réflexivités

10, Rue Monsieur Le Prince
75006, Paris

boisson.marine[at]hotmail.fr

0033 (0)1 53 10 54 59

Travail de thèse :

En France, comme dans d’autres nations européennes et nord-américaines, on a assisté depuis le début du XIXe siècle à un lent et continu processus de sécularisation des pratiques liées à la mort. C’est dorénavant à des professionnels, plutôt qu’aux familles et aux communautés religieuses, de prendre en charge le soin à l’égard des mourants et des morts. Loin de s’être accomplie paisiblement, cette délégation a d’emblée soulevé des oppositions fortes et des critiques : n’ouvrait-elle pas la voie à une objectivation et à une anonymisation, et, partant, à une déshumanisation du traitement des mourants et des morts dès lors que ceux-ci se trouvaient intégrés à des dispositifs médicalisés conçus pour gérer à grande échelle des flux de fin de vie ? Les critiques portées à cette délégation ont été particulièrement vives à partir des années 1970, au moment où la « filière hospitalo-mortuaire » se massifiait. Elles ont entrainé l’institutionnalisation, parmi ces mêmes spécialistes — ce qui pourra paraître paradoxal — de pratiques de subjectivation de ces patients, conduisant à tenir compte de leur dimension biographique et subjective, et de leur inscription dans des groupes sociaux. Comment cette délégation peut-elle être à la fois traversée par des obligations d’objectivation et maintenir des obligations morales de subjectivation des mourants et des morts ?

Lorsque la sociologie s’intéresse à la médicalisation de la mort, elle la considère très souvent en tant que processus de rationalisation et de naturalisation, sans jamais interroger la façon dont elle peut-être tout à la fois critiquée, en tant qu’elle tend à évacuer la dimension subjective d’individus humains, et désirée, en tant qu’elle préserve, sur un plan sanitaire, leur intégrité physique. Cette thèse vise à comprendre comment le réglage de ces deux devoirs — d’objectivation et de subjectivation des mourants et des morts — a été confié à des professionnels du soin, arrachant aux familles et aux communautés religieuses la définition des (bonnes) pratiques mortuaires. Après avoir développé une approche historique s’attachant à comprendre comment cette délégation a pu s’étendre et se développer, la thèse analyse, à partir d’une démarche ethnographique, les tensions que suscite, pour les professionnels du soin eux-mêmes, la gestion de ces deux devoirs. Ces tensions connaissent aujourd’hui un écho particulièrement fort en raison de la crise du Covid-19 qui entraine, dans les hôpitaux et les EHPADS, une très forte augmentation des cadences de soins et leur standardisation, une concentration de décès et l’éviction des proches.

À partir de l’analyse des pratiques professionnelles de travail de soin dans trois services hospitaliers travaillant au passage vie/mort (un service de cancérologie général, un service de soins palliatifs et une chambre mortuaire hospitalière), la thèse suit alors l’exigence de personnalisation qui s’impose à ces professionnels dans la mise en œuvre de cette délégation. Cette exigence retient des modalités d’engagements réductionnistes à l’égard des mourants et des morts, par l’intervention des familles aux côtés du patient et la moralisation du geste médical en interne. Cette exigence souligne deux risques à partir desquels la délégation se trouve à la fois réclamée et critiquée : le risque de déréalisation de l’état de la personne et le risque de désubjectivation de son traitement.

À travers ces analyses, cette thèse renoue alors avec une perspective durkheimienne sur deux points essentiels. En premier lieu, elle se veut un apport à la réflexion concernant ce que Durkheim appelait le « culte de la personne », caractéristique des sociétés modernes. On y montre en effet que si la sécularisation des soins, à l’origine de leur rationalisation, apparait bel et bien comme un phénomène typique de nos sociétés, elle ne conduit pas pour autant à la réduction de l’humain à sa seule dimension matérielle. Notre enquête tend à prouver, au contraire, qu’un culte séculier de la personne est observable dans les pratiques quotidiennes des professionnels de la fin de vie et de la mort — ce qui n’exclut pas qu’il soit contenu, mis en échec et soumis à des attentes de libre adhésion, appelant de nouvelles formes de démocraties sanitaires. En second lieu, cette thèse souligne en quoi la possibilité de traiter les mourants et les morts à partir de cette exigence de personnalisation dépend d’abord, dans nos sociétés, d’un certain état de la division du travail, c’est-à-dire de l’existence de différents spécialistes et d’une régulation « organique » de leurs activités. À cet égard, elle suggère que ce n’est pas en abolissant la délégation des soins à des experts que le « culte de la personne » a le plus de chances d’être honoré dans nos sociétés. C’est plutôt en régulant la vie morale qui émane de cette délégation, susceptible de produire des manques d’objectivation comme des manques de subjectivation, que des nouveaux modes de régulation, respectueux de ce « culte de la personne », pourront être élaborés.

Thèse : Mourir en modernes. Une sociologie de la délégation d’un soin à des professionnels et d’une exigence de personnalisation. Sous la direction de C. Lemieux (LIER-FYT, EHESS) et de C. Rémy (CEMS-CNRS)

ATER à l’Université de Rouen-Normandie en sociologie et science politique

Doctorante contractuelle, bourse doctorale de l’EHESS (2011-2013)

Représentante des doctorants du LIER (2012-2014)

 

Parmi les derniers travaux :

 

Publications et communications :

Association Française de Sociologie - RT1 Savoir, Travail et profession – Présidence C. Gadéa and al. – Université d’Aix-Marseille – « Comment donner à voir le patient défunt à sa famille ? Professionnalisation et critique interne en chambre mortuaire », 28 août 2019

 

Séminaire Anthropologie de la vie quotidienne, A. Piette - Université Paris-10 Nanterre -Licence 2 - « Comment la vie peut-elle être prolongée en unité de soins palliatifs ? Une énigme sociologique », 02 mars 2018

 

M. J. Boisson, B. Legros & R. Ponge, « Peut-on en finir avec l’autonomie professionnelle ? Les paradoxes de la prévention du risque dans la restauration parisienne. », Sociologies Pratiques, Dossier : « Peut-on manger sans risque ? Acteurs et instruments de la sécurité sanitaire », n° 41, Presses de Sciences Po, (à paraître).

 

Recension d’A. Esquerre, Les Os, Les Cendres et L’État, Paris, Fayard, 2011, Politix, 2013/2, n° 102, pp. 209-221. Disponible (ici).

 

Recherche et enseignements :

Animation scientifique - Journée d’étude « L’autonomie comme objet sociologique » - Table Ronde « Critiquer l’impératif d’autonomie ? » - LIER-FYT - EHESS - Paris - le 7 juin 2019 — Programme disponible (ici)

 

Discutante de B. Ravon - Journée d’étude « Épreuves de professionnalité » - Table Ronde « La Fabrique de l’acceptable » - LIER-FYT - EHESS - Paris - le 12 décembre 2018 - Programme disponible (ici)

 

Comité d’Organisation du Workshop Européen : Medicalisation of death and dying: systems, practices and politics - avec Natasia Hamarat (ULB - Belgique) et Natasha Dekker (UVA - Amsterdam) - Université Libre de Bruxelles - Belgique - les 13 et 14 septembre Programme disponible (ici)

 

Responsable du séminaire : Sociologie des corps en transformation avec Solenn Carof (IIAC) et Marie LeClainche - Piel (CEMS) EHESS - Paris - Programme des séances disponible (ici) - Novembre 2015 à Juin 2018

 

Diffusions des savoirs :

Article de Presse, « Vincent Lambert et le (trop grand) prix du passage », AOC, le 3 juin 2019. Disponible (ici)

 

Rapport de Recherche pour la Fondation de France et Les Services funéraires de la ville de Paris. « CE TABOU D’OUBLIER QUELQU’UN. Clients et professionnels du funéraire en tension dans l’organisation de funérailles modernes. » - Décembre 2018 - Disponible (ici).

 

 

 

 

EHESS
CNRS

 

Motion du LIER-FYT concernant le projet de loi sur les retraites et la LPPR

 

Les membres statutaires et les représentantes des doctorant·e·s du Laboratoire interdisciplinaire d’études sur les réflexivités – Fonds Yan Thomas (LIER-FYT, EHESS-CNRS, FRE 2024), réuni·e·s en Assemblée générale le 21 janvier 2020, et ses doctorant·e·s, réuni·e·s (via un vote électronique les 22 et 23 janvier 2020), déclarent leur opposition au projet de loi sur les retraites, aux orientations qui prévalent dans la préparation du projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) et aux décrets d’application de la loi de transformation de la fonction publique.

Ces prétendues réformes qui poussent plus loin encore le démantèlement de l’État social, la dislocation du service public et la mise au pas de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui plongent un peu plus les jeunes dans la précarité, aggravent les inégalités de statut et de condition et vouent un plus grand nombre d’ancien·ne·s à vivre dans le besoin, nous touchent, nous qui pratiquons les sciences sociales, à un point névralgique. Car les institutions de l’État social et du service public et les sciences sociales sont inextricablement liées : elles résultent d’une même transformation historique qui, à travers des crises et des luttes sociales, a conduit dans nos sociétés à toujours davantage d’intégration et de solidarité. La protection sociale et l’existence d’un secteur public ont progressivement exprimé et réalisé cette tendance sur le plan de l’organisation sociale, tandis que les sciences sociales contribuent à en renforcer les effets dans la conscience collective en même temps qu’elles en mesurent les limites et aident à les surmonter. Cette transformation est loin d’être achevée. Elle se heurte, avec notamment la crise écologique, à des défis considérables qui rendent les sciences sociales plus nécessaires que jamais. Inscrire les réformes en cours dans l’histoire longue de nos sociétés les révèle ainsi dans ce qu’elles sont : des régressions. Dans l’immédiat, il est indispensable que nous y opposions notre refus. Mais au-delà de cette mobilisation nécessaire, nous affirmons notre détermination à continuer notre métier, celui des sciences sociales, dans le cadre du service public d’enseignement supérieur et de recherche. Nous refusons de voir notre fonction sociale réduite aux exigences d’une ingénierie gestionnaire destinée à asservir la vie sociale aux logiques de marché plutôt que d’y favoriser l’épanouissement du bien commun.

Pour ces raisons,

1) Nous appelons chacun·e à soutenir les mobilisations contre la réforme des retraites et contre la transformation de la fonction publique et de l’enseignement supérieur et de la recherche, à participer aux assemblées générales et aux journées d’action interprofessionnelle et à faire preuve de solidarité, notamment en contribuant aux caisses de grève, avec les secteurs professionnels qui portent actuellement l’essentiel de l’effort de mobilisation.

2) Nous demandons aux institutions d’enseignement supérieur dans lesquelles nous exerçons de mettre en place des règles claires qui permettent aux étudiant·e·s de s’engager, sans être pénalisé·e·s, dans le mouvement qui a pour enjeu leur avenir. (Ces règles doivent, à notre sens, prendre la forme d’un réaménagement des modalités et des temps d’enseignement et d’apprentissage plutôt que de procédures de validation automatique des compétences et savoirs acquis.

3) Nous réclamons que le gouvernement sursoie au projet de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche et organise une concertation digne de ce nom, afin de définir collectivement les conditions d’une véritable refondation de l’enseignement supérieur et de la recherche et d’en déterminer le calendrier et les moyens, dans le respect des qualifications et des vocations de ceux qui y consacrent toute leur énergie et en tenant compte de la diversité des besoins sociaux en matière d’enseignement supérieur et de recherche. Nous mandatons la direction de notre unité à signer l’« Appel à signature des Directions de laboratoire de recherche pour un moratoire sur la LPPR et pour la tenue d’États généraux de la Recherche et de l’Enseignement supérieur » (voir ici).

Motion adoptée par l’Assemblée générale du LIER-FYT le 21 janvier 2020 par 20 votes favorables et 2 abstentions, et par l’Assemblée générale des doctorant·e·s du LIER-FYT (via un vote électronique) le 22 et 23 janvier 2020 par 32 votes favorables (aucune abstention, ni vote défavorable).


 

LIER-FYT
Laboratoire interdisciplinaire
d'études sur les réflexivités - Fonds Yan Thomas
Directeur: Cyril Lemieux
Directrice adjointe : Julia Christ
A629 - 54 Boulevard Raspail 75006 Paris

Tel : 33 (0) 1 49 54 20 61
Prtncipaux contacts : voir ici

 

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lier-fyt_info-request[at]ehess.fr